acte

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Posté le:
03 Juil 2008 à 10:15 Sujet du message: KAÏRO - de Kiyoshi Kurosawa |
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KAÏRO
Un film de Kiyoshi Kurosawa
- Japon -
Genre: Fantastique
Année: 2001
Synopsis:
Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable.
Avis:
Kiyoshi Kurosawa. Difficile de porter un tel nom, synonyme de tant de grands moments de cinéma, par le passé. Mais Kiyoshi lui - aucun lien de parenté - ne parle pas des mêmes choses, ni d'ailleurs, ne pratique le même cinéma.
Il aura fallu attendre "Cure" pour qu'enfin ce cinéaste talentueux puisse avoir la chance d'être reconnu outre-pacifique. Des années de galère, dans l'ombre des années 80, là ou d'autres ont réussi.
Ici, on va parler de "Kaïro" ou comment la désagrégation d'un japon moderne transcende avec le passé, comment les codes d'un cinéma fantastique sont ici modifiés, recalculés, réinventés.
L'histoire de "Kaïro" nous plonge dans un Japon moderne, high-tech, en perpetuelle reconstruction après les ravages de la seconde guerre mondiale. On en oublirait presque qu'elle a bien eu lieu ici, tant l'avancée technologique, la recherche humaine et médicale paraissent hors du temps, hors d'un certain contexte historique passé.
"Kaïro" est un circuit, au sens littéral et figuré. Le circuit d'une jeunesse désabusée, déliquescente, troublée.
Le cinéaste s'attache à décrire un Japon transformé, qui n'avance plus au même rythme, privé de ses repères traditionnels, historiques au profit d'une jeunesse qui court, esquive certaines choses et préfère rester chez elle, devant un ordinateur, et se créer une vie parallèle.
On appelle se phénomène "Otaku". Le sujet du film renvoit à cette notion d'Otaku. La fuite d'une réalité pour une irréalité dans laquelle on se sent bien, fort, loin de tout.
Alors Kurosawa traduit ce refoulement par une fantomisation du quotidien, mais surtout des personnes qui le compose. Les adolescents sont des fantômes qui èrrent dans une société vidée de ses repères. Une métaphore qui est conduite bien au-delà d'une évidence, et qui s'assume dans l'ensemble du film, revisitant même d'autres aspects du fantastique, comme le mythe du vampirisme.
Les jeunes ne sont pas que des fantômes, ils ne se vengent pas de quelque chose, ne reviennent pas d'entre les morts pour hanter les esprits, non, ils sont différents. Ils passent de quartiers en quartiers, de lieux en lieux, et èrrent. Ils entraînent d'autres personnes puis disparaissent comme des vampires, en ne laissant derrière eux que des traces de passage. Parfois, ce sont des cendres, parfois aussi des marques sur les murs.
Alors cette adolescence troublée est en quête d'un renouveau. Elle le cherche à travers les ordinateurs, les jeux-vidéo. Elle se crée un univers artificiel, dénué de références. Mais le film de Kurosawa est aussi une réelle traversée historique et culturelle. Bien sûr, il y'a ce présent déconstruit, dont les brisures avec le passé semblent évidentes, et même en y injectant un peu d'optimisme, nécessaire. Mais il y'a aussi les marques d'un passé meurtri, comme cet avion de la seconde guerre mondiale qui vient s'écraser dans un Tokyo démoli, anéanti. Comme une preuve d'un certain anachronisme, cet avion représente ce passé que tout le monde tente d'oublier.
Cette image de fin, d'ailleurs, d'un Tokyo en cendre est d'une beauté foudroyante. Une poésie fantastique inquiétante qui offre au spectateur l'alternative d'un imaginaire ancré dans une certaine réalité.
C'est aussi ça le cinéma de Kurosawa, à travers l'imaginaire subsistent bien des moyens pour rappeler que la réalité n'est jamais très loin. Cela se traduit chez lui par des métaphores, des anachronismes, des portraits figés dans l'histoire.
Une intelligence dans la mise en scène de Kiyoshi Kurosawa qui offre des lectures multiples, mais aussi et surtout beaucoup de recul sur la société moderne.
Chez Kurosawa, la société est malade. La jeunesse doute, se cherche et s'invente une virtualité qui surpasse le quotidien. Alors, le cadre enferme des personnages qui survivent plus qu'ils ne vivent. Il y'a ce sentiment de solitude, à l'ère d'internet et son ouverture sur le monde. Il y'a une sensation d'étouffement, de renfermement sur soi, qui contraste justement avec cette génération Youtube et MTV.
"Kaïro" est construit sur le paradoxe. Le paradoxe d'une jeunesse "otaku" high-tech, moderne, fer de lance d'une nouvelle quête identitaire d'un pays marqué par son histoire, et justement, cet ultra-traditionalisme, cette culture ancrée dans ce même passé historique.
Il y'a volonté dans ce film de faire s'entrecroiser les deux. L'anachronisme d'abord, puis les fantômes ensuite. Les fantômes, par définition reviennent de quelque part. Ici, ils peuvent être assimilés à ce passé qu'ils tentent de débarasser. Le présent lui, correspond aux buildings, au rythme de vie, et à l'ultra-modernisme.
Alors la contamination agit, elle touche peu à peu l'ensemble de la population pour finir dans les cendres. Non pas sans un peu d'espoir, qui se résumerait à cette phrase:
"Nous avons besoin d’un véritable renouveau. Et pour ce faire, il est nécessaire de passer par une destruction totale de tout cela"
Le Japon n'a jamais été aussi fort qu'après une destruction, puisse sa jeunesse, dans le film, retrouver son ancrage et participer à ce renouveau.
Kurosawa nous laisse sur cette impression.
Magnifique métaphore, magnifique oeuvre de cinéma, "Kaïro" est un chef d'oeuvre. |
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