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acte

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Loisirs: Cinéma du monde
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Posté le:
06 Juin 2008 à 9:50 Sujet du message: LA LOI DU SILENCE (I Confess) - de Alfred Hitchcock |
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La Loi du Silence
Un film d'Alfred Hitchcock
- USA -
Genre: Thriller
Année: 1952
Synopsis:
Dans une petite paroisse du Québec, Otto Keller, employé dans l'église du père Logan, se rend habillé d'une soutane chez Villette, un avocat, pour le voler mais, pris en flagrant délit, le tue. Keller avoue son crime au père Logan qui refuse de trahir le secret de la confession donc de le dénoncer à la police, même lorsque l'inspecteur Larrue chargé de l'enquête soupçonne le prêtre du meurtre...
Introduction:
"La Loi du Silence" ou la parfaite maîtrise Hitchcockienne.
Une oeuvre magnifique, insérant en son sein, les ingrédients du cinéma d'Alfred Hitchcock: le meurtre, le suspense, la fausse accusation, l'innocence et l'amour.
Film clé de l'oeuvre du cinéaste anglais, "La Loi du Silence" exprime à la fois noirceur et désarroi, puis subitement amour et espoir.
Récit d'une oeuvre charnière...
La mise en place...
Le personnage principal est prêtre. Homme de foi, de confession, il garde le silence au quotidien, aimant l'Homme dans son ensemble, sans chercher à l'isoler.
Des histoires, il en entend chaque jour, mais ne se donne jamais le droit d'en juger une par rapport à l'autre.
Cette sincérité, cette gentillesse, on le sent, lui sera fatale.
Hitchcock aime semer le trouble dans le quotidien parfois désoeuvrant, de gens ordinaires.
Créant ainsi une rupture, une fracture dans les bienfaits de ce même quotidianisme.
La vie privée s'en voit alors, totalement chambouler - A tort, évidemment- entraînant une forme éloignée de désarroi.
Dans "La Loi du Silence" le personnage est fort, son charisme l'empêche d'être le parfait petit naïf, à qui l'on fait ce que l'on veut.
Il sait se préserver, aidé manifestement par une femme charmante, dont on apprendra qu'elle fusse son amante, avant la guerre, qui l'obligea à s'enrôler et l'éloigna ainsi de son amour.
D'abiles flashbacks renvoient cette image de bonheur, du couple en parfaite osmose.
La séparation fût difficile, et l'amour s'éteigna progressivement.
Elle, se mariera à un autre homme, lui, deviendra prêtre.
Revenons un instant au film, on comprend à présent les motivations des deux protagonistes principaux.
L'histoire se met doucement en place, un meurtre est commis - De préférence un ennemi du héro - chez Hitchcock, la motivation d'un meurtre par un être détestant l'autre est fréquente, mais souvent inéluctablement faussée.
Le meurtrier est un paroissien, histoire de frustrer davantage le prêtre, qui doit conserver cette confession pour lui...
L'accusation...
A présent, la mécanique Hitchcockienne est en place, le spectateur connaît le meurtrier, de même que le héro.
Seuls les autres personnages n'en savent rien.
Cette méconnaissance, cette ignorance de la vérité renforce la culpabilité du héro.
Anti-héro serait plus justifiable, tant sa simplicité de vivre et sa nonchalance explicite, font parti de son quotidien.
L'être humain effacé qui réfute l'idée même d'être au centre de la scène, et qui d'un coup devient personnage médiatique, au coeur même d'une vaste histoire de crime...
Un fléau, pour cet homme de foi et de principes.
Dès lors, le ciel peut tomber sur la tête du prêtre.
Un ensemble de témoignages, paradoxaux et contradictoires, qui vont rendre le récit attrayant, rempli de suspense, mais aussi rendre cette vaste enquête, totalement abstraite et incohérente.
Cette même incohérence dynamise le film, parce que l'on devine que les personnages sont aveuglés par leurs idéologies et leurs principes, laissant toute logique de côté.
Une logique si évidente, qu'elle en devient improbable.
Hitchcock s'amuse alors à décridibiliser le crime, par un long récit en voix-off, raconté par la jeune femme du début.
Elle offre un mobile à son ami, mais donne l'impression aux enquêteurs, d'une véritable raison de tuer le pauvre "Villette".
Une nouvelle forme de naïveté, assimilée à de la maladresse chez ce personnage, pure et tendre, parfaite victime du machiavélisme Hitchcockien.
L'art délicat du bouleversement...
On le sait très bien, Hitchcock n'est pas quelqu'un de pessimiste, et cette histoire ne peut que bien finir.
Reste à savoir de quelle manière.
C'est l'art d'apporter la contradiction, qui rend le récit fascinant.
Du coup, même dans les éléments prouvant la culpabilité du prêtre, subsistent des interrogations, le rendant innocent.
C'est cette même maladresse de ses personnages, qui d'un coup va faire basculer le récit, vers une autre direction.
L'assassin qui depuis le début tient à garder l'anonymat, en se confiant à un prêtre, fait l'erreur de se montrer de façon primitive à la foule.
Le parfait inconnu devient subitement, l'ennemi public numéro un, exactement comme au début de l'histoire.
Une forme de récit cyclique, qui finalement ne commence ni ne s'arrête totalement.
Bien sûr, après tout ça, c'est au tour de la mise en scène de venir jouer son rôle, dans la réussite de ce thriller romantique.
Sobre et d'une immense justesse, elle dessine la toile Hitchcockienne de façon très minimaliste, alternant les gros plans, aux plans séquence remarquables.
Conclusion:
"La Loi du Silence" n'est pas le plus célèbre des films d'Alfred Hitchcock, cependant, il représente de manière presque frontale, une oeuvre indispensable à l'essort Hitchcockien.
Un film ou s'entremêlent tout à la fois, mécanismes formels et sens narratifs.
Une oeuvre clé, purement inscrite dans les plus grandes oeuvres du genre, et même dans les meilleures réussites du cinéaste... |
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Bastien

Age: 22
Inscrit le: 31 Déc 2006
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Posté le:
08 Juin 2008 à 16:03 Sujet du message: |
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J'ai analysé le film pour un cours, en suivant une série de concepts-clés (mis ici en gras)...
| Citation: |
Bien qu’il ne soit pas le plus célèbre des films d’Alfred Hitchcock, La loi du silence est un film très intéressant en ce sens où il exploite pleinement le thème de la culpabilité et celui de l’imbrication du désir et de la loi. Les thèmes judéo-chrétiens ne manquent bien évidemment pas dans ce film, puisque le personnage principal n’est autre qu’un abbé soupçonné à tort d’un meurtre. Le film joue pourtant adroitement sur les oppositions : celles de la révélation et du secret, du spirituel et du moral, du passé et du présent, de la justice pénale et de la condamnation populaire. Parce qu’il est condamné au silence (la « loi » de l’Eglise et de la confession), l’abbé Logan ne peut se défendre concrètement, ce qui engendre des soupçons de la police dans un premier temps, puis de la population qui, au terme d’un procès où Logan est reconnu non-coupable, se détournera de lui et le maltraitera. Il faut dire qu’aux yeux de la foule, l’abbé Logan est un personnage ambivalent, difficilement identifiable sur le plan sexuel. Désinvesti de toute relation avec les femmes, il vit au sein d’une communauté exclusivement masculine. La robe de prêtre qu’il porte est non seulement une castration symbolique, mais fait aussi écho à une féminité (et donc homosexualité) latente. Par sa direction de spectateur, Hitchcock démontre que c’est faux, mais la population de la ville dans le film elle l’ignore. En revanche, le cinéaste joue de l’ambivalence de Logan d’un point de vue moral, puisque sensé avoir fait vœu de chasteté, nous apprenons qu’il a eu une liaison avec Ruth. Logan devient alors tout aussi énigmatique pour le spectateur, qui bien qu’il sache qu’il est innocent, ne peut s’empêcher de le juger à son tour.
Pour faire une aparté, Hitchcock s’amuse ici dès son générique de début à souligner au spectateur qu’il va le diriger tout au long du film. Pour preuve, cette succession de panneaux « direction », qui désigne des directions géographiques mais aussi la direction vers laquelle le spectateur doit regarder et, bien sûr, le fait que le film est dirigé par Hitchcock (« director »).
Le récit s’intéresse donc plus à l’histoire et aux mésaventures de l’abbé Logan qu’à la résolution du meurtre lui-même (qui n’est autre que le MacGuffin du film). En effet, on sait d’emblée qui est l’assassin, et pourquoi il a tué l’avocat véreux (le désir d’Otto de voir sa femme heureuse), mais on sait aussi qu’Otto, incarnation du Diable ici (il n’a aucun scrupule à faire condamné un innocent à sa place), s’est déguisé en prêtre pour commettre son méfait. Le suspens est donc de savoir comment l’innocence de Logan va être prouvée, et si elle le sera à temps. Hitchcock donne même de faux espoirs au spectateur en lui faisant croire qu’à la suite de l’aveu de Ruth, Logan sera innocenté ; au contraire, cela accusera encore plus Logan, et l’inspecteur Larrue trouvera là le mobile du meurtre.
Pour illustrer le trouble qui s’est emparé de Logan lors de son accusation, Hitchcock n’hésite pas à cadrer différentes églises, devenues menaçantes, en contre-plongées et par des plans légèrement décadrés. La peur qu’inspire l’Eglise chez Logan est visible lors de son « chemin de croix », où se rendant au commissariat il se rend compte de ce qui l’attend : même innocenté, il aura perdu toute crédibilité suite aux révélations de Ruth. Hitchcock tire profit à merveille du regard de Montgomery Clift lors de ces instants de doutes, confirmant l’idée du cinéaste selon laquelle un mauvais film est une photo de gens qui parlent alors que son film est une photo de gens qui pensent. Hitchcock joue aussi énormément sur les points de vue : celui de Logan, récurrent car personnage principal, mais aussi celui de Larrue et, surtout, celui de Ruth, dont découle tout le flash-back. Truffaut estimait que ce souvenir est un mensonge, comme celui du Grand alibi car il survole l'état d'esprit de Logan et est vu au travers des yeux très romantiques de la jeune femme. Le ralenti lorsqu'elle descend les escaliers, explicitement romantique, est plutôt rare chez Hitchcock.
A noter enfin que Karl Malden interprète ici un inspecteur Larrue intéressant puisqu’il est, avec l’inspecteur Hubbard, l’un des rares policiers intelligents dans l’œuvre d’Hitchcock. |
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André Bazin |
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