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Posté le:
12 Juil 2008 à 17:12 Sujet du message: BLOOD AND BONES - de Yoichi Sai |
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Blood and Bones
Un film de Yoichi Sai
-Japon-
Genre: Drame
Année: 2005
Synopsis:
En 1923, Kim Shun, un jeune paysan, quitte son île natale, au sud de la Corée, et débarque en bateau à Osaka, au Japon. Son obsession : faire fortune. En soixante ans, cet homme aussi brutal que charismatique connaîtra la richesse et le pouvoir, mais se condamnera à la solitude, puisqu'il n'aime que ce qu'il a détruit...
Introduction:
Engorgé dans une brutalité sans précédent, "Blood and Bones" ou le récit d'un itinéraire dévastateur, pour l'homme, et par l'homme.
Yoichi Sai, se laisse aller dans cette oeuvre d'une rare cruauté, en dégainant ses artifices, à coups de mouvements de caméras, d'une lenteur et d'une suprêmatie étourdissante.
Du classicisme à la Kurosawa, en passant par l'audace d'un Mizoguchi, Sai touche à la mise en scène de manière reculée.
Il ne cadre pas de façon très originale, mais installe grâce à son académisme, une ambiance ingrate, jonchée de malaises et de sauvagerie.
Comme une image qui s'éloigne...
Yoichi Sai, pénètre le spectacle de manière viscérale. Comme un poison s'installe dans les veines, son film déboussole le spectateur, en l'invitant à se perdre dans un village pas comme les autres.
L'ascendance d'un coréen, venu s'engouffrer sur la terre japonaise, y est pour beaucoup dans ce climat insoutenable.
Le conflit sino-coréen est évoqué en suspens, évitant ainsi d'entrer trop facilement dans le drame larmoyant, ou le film historique pompeux.
Dès le départ, Yoichi Sai préfère à l'histoire, le caractère sordide de son personnage principal, incarné par un Kitano méconnaissable, absolument sublime dans ce rôle, à tel point qu'il semble touché par la grâce.
Cette figure de père délabrée, cherchant à la fois la richesse et le mépris, dans une abile ambiguité, marque le début des hostilités.
Le cinéaste explore la déliquescence de son image héroique, il fait de ce personnage une sorte d'emblême, de mythe, alliant perversité et cynisme, ironie et pitié.
Parce qu'il sombre au plus profond de la déchéance, construisant son empire, afin de mieux le détruire.
Du moins, telle en pourrait être, la réflexion primaire.
Le cinéaste, parvient avec ce paradoxe, à créer l'anti-héro parfait. Une métaphore de l'héroisme, avec l'impertinence qui en émane, parvenant également à la déconstruction de son environnement.
Père de plusieurs enfants, mari ou amant de multiples femmes, rien autour de lui ne semble laisser quelconque image positive de cet homme.
Il multiplie sa richesse, en exploitant, à coups de pieds ou coups de bâtons, des employés soumis à sa violence.
Yoichi Sai, fait de ce personnage, l'équivalent d'une image qui s'éloigne, on ne peut jamais la rattrapper, on ne peut que subir ou suivre son chemin.
Une mise en scène mécanique...
En effet, le film ne brille pas par sa mise en oeuvre sur un plan strictement technique. Le rythme qu'impose le cinéaste au spectateur, est partagé entre lenteur et déroute, dû au choix de sa réalisation.
Il ne cherche jamais à rendre originale, sa manière de filmer. Mais il la rend exceptionnelle, par sa façon si spécifique, d'aborder le mécanisme du classicisme.
Les mouvements restent discrets, lointains, captant davantage les éléments environnant, que les expressions partielles ou totales de ses personnages.
A coup de panoramiques, ou de plans fixes, le cinéaste ajoute une forme de non dynamisme, faisant contraste à la violence de l'ensemble, et à une histoire pourtant mouvementée.
Le mélange de rythme est alors plus qu'étrange à l'écran, car on a le sentiment de se laisser endormir par la lenteur, mais de rester éveillé par l'action.
Je n'avais pas ressenti ce paradoxe, depuis les films d'Ozu ou Kurosawa.
En générant ainsi le mécanisme classique de sa caméra, Sai, caresse l'action, en l'enfermant dans une sorte de boîte prête à se fendre à tout moment.
Puis le huis clos, de jouer dans cette ambiance, le rôle fondamental de l'entre deux.
L'entre deux mondes, celui des coréens, de cette famille, qui penche davantage vers le déraisonnement et la fracture sociale, que l'amour unissant parents et enfants...
Puis le monde des japonais, réduit à la victimisation de cette errance nonchalante.
Mais, sans parti pris, pourtant, le cinéaste réussi son discours, qui se focalise sur la solitude d'un être, son charisme qui se délabre avec le temps, se détériore aussi avec les années, et qui marquera alors, la non influence qu'il exerce sur l'époque contemporaine.
Comme en témoigne cette scène d'une rare intensité, ou l'on voit Kitano faisant un malaise cardiaque, et demandant de l'aide, que personne ne viendra lui offrir.
Mieux, on entendra en fond sonore: "Crève, espèce de salaud"... Le juste retour des choses, le sabreur sabré, en somme...
Le temps, facteur de la décadence...
Dans le même genre, on assiste à la décadence de l'homme, par le temps lui même.
Il vieilli et perd de son influence, de son charisme, comme les lignes de vie perdent de leur intensité.
Il se morfond dans son mal être, se retrouve dans la même situation que celle qu'il a infligé tout au long de sa vie, à ses proches, amis ou ennemis.
Et Yoichi Sai de jouer un peu de l'auto-dérision, en acclimatant son métrage de quelques pointes d'ironie, ou de cynisme.
L'homme vieilli, entre dans la cour des laissés pour compte, ceux que l'on admire pas, ou plus. Ceux qu'on laisse pourir, à l'abri des regards.
Le cinéaste à ainsi exploré deux phases d'un même homme. Sa jeunesse flamboyante, sa contribution à l'économie japonaise, à la revitalisation d'un système politico-social, à l'histoire aussi.
Puis, il l'amène dans l'oubli, dans le dénigrement, sous forme de hainisme ravageur.
Deux phases, pour deux périodes, marquées par l'évolution des moeurs, par la place de la femme, revisitée.
Parce que la femme joue un rôle primordial, dans ce cocktail doux-amer.
Elle est à la fois victime, et source de réconciliation.
Elle évoluera plus vite que l'homme, l'abandonnant dans le masochisme et la bestialité qui l'accompagne.
Jusqu'à la dernière image du film, qui laisse baba, admiratif, et nous confirme que l'on a eu à faire à un chef d'oeuvre, le cinéaste préfère dénaturer son propos, plutôt que de l'enfermer dans les stigmates du genre.
Conclusion:
une oeuvre bestiale, lancinante et déraisonnée, en toile de fond, une satire dramatisée du système politique et économique asiatique, sino-coréen en particulier.
Un film sur l'argent et sa fragilité, sur le pouvoir et sa fébrilité.
Le pouvoir et l'argent, deux antités maléfiques, apportant tout à tour, bonheur et richesse, puis pauvreté et indifférence.
Sai plonge sa caméra en plein coeur de la dynastie moderne, avec l'influence qu'elle exerce, mais aussi, la cruauté et l'oubli qu'elle engendre.
Plus que jamais, l'argent n'achète pas le bohneur... |
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