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 ALICE - de Jan Svankmajer Voir le sujet suivant
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MessagePosté le: 03 Juil 2008 à 10:18    Sujet du message:  ALICE - de Jan Svankmajer Répondre en citantRevenir en haut

ALICE

Un film de Jan Svankmajer

- République Tchèque -
Genre: Conte
Année: 1988

Nous sommes en 1988. Un cinéaste pas comme les autres décide de ré-adapter à sa sauce, le légendaire conte "Alice au Pays des Merveilles". Le pays est encore appelé Thécoslovaquie, le réalisateur lui, s'appelle Jan Svankmajer.

Dès le début, le film prend une tournure originale. Quasi muet, on observe une fillette en train d'assister à la naissance d'un monde imaginaire devenu réalité.

Son lapin en peluche prend vie, et l'entraîne dans un univers féérique, enfantin, à la fois magique et dangereux. Le cinéaste se plaît alors à tisser, à la manière du conte d'ailleurs, cet univers étrange. Rose bonbon puis fragile comme du verre.
L'assemblage du film ressemble trait pour trait à du carton pâte, une sorte de création raffistolée dans tous les coins, fabriquée à partir de rien, quelques bouts par-ci par-là.

Rien de très droit, peut être même des trucs en plastique, en bois en mousse. A l'image du lapin en peluche, qui va se recoudre lui même son trou.

C'est le parti pris formel de Svankmajer qui rend le film intéressant. Un mélange audacieux et astucieux de prises de vue réelles mélangées à des séquences animées. Un film d'animation façon "Roger Rabbit", mais image par image. On revisite ici, des années avant, le principe de Wallace et Gromit par exemple.

Sauf qu'ici, Svankmajer utilise un procédé différent de la pâte à modeler, en créant ses séquences animées à partir de poupées et de peluches.

Alice, petite fille rêveuse et atypique observe d'un oeil discret et curieux, le petit monde qui est en train de se créer autour d'elle. Les premières minutes du récit dévoilent une mise en scène en retenue. Discrète, intimiste, presque personnelle et propre au cinéaste, sans aucune autre équivalence. Ne respectant aucune norme, ne répondant à aucun code narratif prédéfini.

Non, juste une retenue incroyable, laissant place à l'image, à sa déformation, sa transformation même parfois. S'abandonnant à l'univers qui en découle, en envoyant le spectateur au pays des rêves.

C'est en fait le fait troublant et intéressant de ce film. On est en plein dans le rêve, c'est à dire un univers qui ne contient pas de frontières. Il n'existe à priori aucune limite au rêve, il n'est pas sujet aux transformations du réel. Il n'a donc aucune limite physique. L'on peut y circuler librement, s'octroyant parfois même des facéties dont on ne soupçonnerait parfois pas l'existence dans notre monde ordinaire.

Ici, tout est preuve que l'extraordinaire existe. Le film entre dans une catégorie d'oeuvres rares, osant aborder le monde imaginaire, et donc, le sensationnel.

Svankmajer est un cinéaste du sensationnel. Il fait appel aux sens du spectateur, qui se confronte à un rêve, comme s'il le faisait de chez lui, plongé dans son sommeil. Pourtant, à travers ce vaste univers, à priori sans frontière donc, le cinéaste établit un drôle de paradoxe.

A tout bout de champs, le film rappelle par sa forme, son cadre, son espace, qu'il fait appel à l'enfermement. On est en fait dans un huis clos. Un monde clôt, étroit, codifié.

La sensation d'étouffement est parfois parfaitement retranscrite à l'écran, tout comme d'ailleurs, la dimension spatiale et temporelle du film.
On ignore bien souvent combien de temps passe dans le film, ainsi que la vraie taille des différents éléments dispersés dans la maison d'Alice.

Des objets, en passant par l'univers en tant que tel, il est très difficile à analyser en terme d'espace et de taille.

En cela, l'oeuvre de Svankmajer, demeure l'une des plus réussies à mon sens, dans l'histoire du cinéma. Jje n'ai pas toutes les références pour appuyer cet avis, mais je ne pense pas me tromper de beaucoup.

Bien entendu, "Alice" n'est pas un chef d'oeuvre. D'ailleurs, sur beaucoup de points, il aurait mérité un travail plus approfondi, mais pourtant, il ne lui empêche pas d'être un très bon film. Par son originalité déjà, puis par son sens de la narration et son attrait pour l'imaginaire et le rêve.

Le cinéma véhicule tout un tas d'émotions, par lesquelles le spectateur parfois doit se confronter, dont la perte de repères, l'appel des sens, et l'évasion. Si ces éléments réunis forment un tout cohérent alors souvent, le film est une réussite. Ici, "Alice" rempli son rôle. Procurer du plaisir, de l'évasion, et faire appel à nos sens les plus enfouis...

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